La crise en Argentine 1998-2002

Les premières raisons de la crise qui a secoué l’Argentine au début des années 2000 sont en partie les conséquences de l’histoire du pays. Pour ça, on doit commencer par remonter jusqu’à la crise de 1929. L’Argentine a en effet été touchée de plein fouet, alors que le pays dépendait en grande partie des capitaux étrangers et de ses exportations ; elle a du réformer tout son système économique. Et c’est cette situation d’extrême misère de la population qui a favorisé le développement rapide des partis fascistes et qui a préparé l’instauration d’une dictature militaire par le coup d’État de 1943.

Une fois au pouvoir, les militaires mirent en place un état providence, grâce au crédit et avec une émission exponentielle de monnaie pour combler les déficits. Le pays s’est automatiquement retrouvé dans la spirale de l’inflation, une moyenne de 25 % par an. Ces mesures ont bien sûr fortement encouragé la mise à sac du pays par la fuite des capitaux à l’étranger. Mais cette époque où un minimum de contrôle était encore assuré dura jusqu’en 1955. Ensuite, les coups d’État se sont succédé, les uns après les autres, créant un déficit de plus en plus important ; en 1975, l’inflation atteignait 500 % par an. Et la dette du pays passa de 8 milliards de dollars à 43 milliards de dollars en 1976. Il fallut attendre 1983 pour que l’Argentine retrouve une démocratie, mais la situation avait déjà dépassé toutes les limites, l’inflation atteignait 650 %.

Ce n’est qu’en 1990 que des réformes furent réellement mises en place. Et les mesures furent drastiques : sous la tutelle du FMI, 90 % des entreprises publiques, y compris les entreprises pétrolières, et 40 % des banques furent privatisées par des capitaux étrangers. La monnaie, le peso fut mis à parité avec le dollar. Évidemment complété par une hausse des taux d’intérêt. Grâce à ces mesures, le pays redémarra enfin et l’on assista au retour de la croissance. Mais l’enthousiasme ne tarda pas à retomber. Ces mesures étaient basées pour la plus grande partie sur des fonds étrangers, ce qui l’exposait particulièrement en cas de crise internationale. Et c’est ce qui se passa en 1995 avec la crise du Mexique. Tout avait été fait pour favoriser l’investissement étranger, mais ces mêmes mesures favorisèrent la fuite des capitaux à l’étranger. En définitive, la majeure partie des rentrées de l’État étaient réalisées grâce à la TVA, payée par l’ensemble de la population, y compris les classes les plus pauvres.

Le pays s’enfonça ainsi de nouveau dans la dette, et cette fois essentiellement sur les marchés financiers, ce qui créa une forte augmentation des taux d’intérêts et obligea encore une fois le FMI à intervenir en imposant des coupes franches dans les dépenses publiques. Mais cela n’a pas suffi à enrayer la spirale, car les efforts demandés au gouvernement étaient toujours plus importants, alors que la population était dans une misère extrême. Le système de santé avait été complètement privatisé, l’éducation n’existait plus, et le pays faisait face à des taux d’intérêt de plus en plus importants, la prime de risque atteignant 40 %. Finalement, la situation explosa le 5 décembre 2001 quand le FMI refusa de verser 1,2 milliard de dollars d’aide promise. L’organisation estimait que le gouvernement argentin ne respectait pas son objectif de déficit zéro.

Ce refus entraîna bien sûr une chute de la confiance des investisseurs pour le pays. Tout le monde voulait se débarrasser de ses pesos au profit des dollars. C’est ce qui poussa le gouvernement à limiter les retraits à 250 pesos par semaine et à interdire tout envoi d’argent à l’extérieur du pays. Cette dernière mesure poussa la population dans les rues et obligea le président à démissionner en décembre 2001. 

C’est Eduardo Duhalde qui prit la direction du pays,et imposa enfin des mesures draconiennes. L’Argentine fut ainsi déclarée en défaut de paiement, le peso fut dévalué et tous les comptes en dollars furent transformés en pesos. La dette fut re-négociée ; le pays a ainsi imposé une conversion en pesos et revu les intérêts et les sommes à la baisse. L’Argentine a littéralement imposé ses conditions aux bailleurs internationaux. Les sommes dues ont ainsi été amputées de 30 % en moyenne. Mais, à l’heure actuelle, le pays n’est toujours pas tiré d’affaire ; il a même pris de plein fouet la crise de 2008. Et, même si le taux de pauvreté tend à diminuer depuis ces dernières années, il reste très élevé.

L’Argentine est un parfait exemple de la crise financière actuelle, car cette crise nous apprend que l’on ne peut sauver un pays de l’endettement par la mise en place d’un plan de rigueur drastique et par une privatisation des secteurs de son économie, si la croissance ne repart pas très vite. Le FMI impose aujourd’hui encore les mêmes solutions, alors que la situation de l’économie mondiale risque de reproduire le même dénouement, mais cette fois-ci à une échelle beaucoup plus importante.

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