L’inflation endémique en Argentine

L’Argentine s’évertue à rester un élève bien discipliné du FMI, en appliquant le mieux possible ses directives. Pourtant, ce pays souffre depuis très longtemps de crises à répétition et d’une inflation longtemps mal maîtrisée.

Au sortir de la seconde Guerre mondiale, forte de ses exportations agricoles, elle est la cinquième puissance économique du monde. Mais la crise de 1929 a laissé des séquelles, et le coup d’État de Peron en 1946 ouvre une ère de grande instabilité politique, riche en prises de pouvoir par la force et en élections anticipées (cinq présidents en un peu plus d’un an). Bien de ces changements sont induits par les difficultés économiques du pays, en grande partie aggravées par le type de régime dictatorial qui, outre son côté répressif, favorise la corruption et le détournement de fonds. L’inflation ronge en permanence son économie (elle a toujours été supérieure à 90% par an jusqu’à la réforme de 1991), et elle entraîne la pauvreté, donc les mouvements sociaux qui justement génèrent l’instabilité politique. Sous Isabel Peron, elle est de 500% en 1975. En 1976, Videla instaure un programme néolibéral recommandé par l’école des économistes de Chicago. Mais l’inflation persiste et les généraux se bousculent au pouvoir sans que se dessine une amélioration.

Le retour à la démocratie en 1983 ne voit aucun mieux, avec une hausse des prix de 600% en 1985. Alfonsin tente un changement de monnaie, instaure l’austral et gèle les salaires des fonctionnaires. Il y a une embellie passagère, mais son plan est un échec. La corruption s’épanouit, l’évasion fiscale est générale, ce qui n’arrange pas les affaires du gouvernement. La planche à billets continue à combler le déficit du budget, et l’inflation s’envole: près de 5000% en 1989 et 2300% en 1990.

Les dirigeants du pays font à nouveau appel à l’école de Chicago, et demandent l’aide du FMI, qui impose le retour à l’équilibre des comptes publics et la privatisation des compagnies publiques. Le ministre des finances Cavallo réintroduit le peso en 1992, mais ce dernier est alors aligné sur le dollar américain, avec une parité de 1:1. Ce système de la caisse d’émission (currency board), ne permet d’augmenter la masse monétaire que par les rentrées de dollars. L’effet est spectaculaire: l’inflation retombe à 20%, la confiance revient, les capitaux rentrent et le PIB, dont la croissance était négative depuis des années, progresse de 25% en trois ans. On parle alors du miracle argentin.

Mais le système choisi est favorable tant que la valeur du dollar n’est pas trop élevée, et favorise les exportations. C’est bien ce qui s’est produit au début des années 1990 lorsque les américains ont laissé filer leur monnaie, et qui explique le succès de l’opération. Mais la remontée du dollar en 1998 joue en sens inverse, d’autant que le Brésil, premier partenaire commercial de l’Argentine, dévalue le real. Les exportations plongent, et le pays entre mécaniquement en déflation, puisque les dollars n’entrent plus. Pour y résister, il faudrait réduire les salaires et les prix intérieurs, ce qui est très mal accepté.

L’Argentine est un pays très décentralisé, et les régions créent des monnaies de remplacement (le patacon, par exemple). La spéculation sur le dollar le porte au sommet, et la crise s’aggrave. Or, il n’est pas possible de sortir de la caisse d’émission pour dévaluer le peso, car tous les contrats sont rédigés en pesos et en dollars, censés avoir à jamais la même valeur. Cavallo envisage un moment d’adjoindre au dollar l’euro, ou même le real pour transformer le peso en un panier de monnaies. Le chômage atteint 23%, et le taux de pauvreté culmine à 57%. Une planche à billets de substitution se met alors en marche: on compte plus de 200 papiers monnaie de circonstance, les cercles d’échange prolifèrent, et l’un d’eux va jusqu’à créer en 2001 le credito, une monnaie privée.

Devant la fuite des capitaux et le manque de liquidités, Cavallo institue alors le corralito, un contrôle des changes drastique, qui n’autorise par exemple les retraits bancaires qu’à hauteur  de 250 pesos par semaine. Le corralito provoque une immense crise sociale qui pousse Cavallo à la démission. Ses successeurs font une déclaration d’insolvabilité devant les créanciers du pays, puis dévaluent le peso de 28% vis-à-vis de l’extérieur, le laissant varier librement à l’intérieur, où il finit par se stabiliser à 4 pesos pour un dollar. Cette dévaluation a un effet positif sur les exportations, et permet à l’Argentine de rembourser le FMI. Par contre, pour les créanciers étrangers, fortement lésés, la perte moyenne s’établit à 50%.

La principale leçon qu’en tirent les économistes est le risque inhérent au blocage constitué par la caisse d’émission, dont la rigidité peut amener une profonde récession.

 

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