La décennie perdue par l’hyperinflation au Brésil

Le 1er juillet 1994, le réal redevient l’unité monétaire brésilienne, la trente-huitième monnaie du pays. Ce nouveau changement de monnaie fait partie du dernier plan en date visant à enrayer l’hyperinflation qui ronge l’économie brésilienne depuis une décennie.
Comme bien souvent, cette inflation commence lentement, et elle a pour causes une forte tradition d’indexation des salaires sur les prix et un déséquilibre budgétaire. Au cours des années 1970, le pays reçoit une aide extérieure sous forme de prêts, qu’il faut ensuite rembourser aux pays créanciers. Ce sont ainsi 4 à 5% du PNB qui sont absorbés, et qui font défaut aux investissements. Cette dette est essentiellement publique, et le budget se trouve en déficit chronique. La tentation est alors grande de compenser par la planche à billets, ce qui ne manque pas de produire les effets habituels. Il faut comprendre que cette inflation bénéficie en premier lieu aux débiteurs, dont le principal se trouve justement être l’État. L’indice des prix croît ainsi graduellement, doublant chaque année, et le taux d’inflation s’accélère (100% en 1981, 100% en 1982, 138% en 1983), puis passe de 1984 à 1986 à 192%, 226%, 147% et 228%. Ensuite, la machine devient incontrôlable, et l’hyperinflation culmine en 1990 à un taux de 30.377%!

Bien évidemment, les gouvernements successifs tentent de stopper cette spirale infernale avec des plans et des changements de monnaie. Les plus marquants sont d’abord le plan cruzado en 1986: le cruzado remplace le cruzeiro, qui est utilisé depuis 1946 en place du très ancien real. Outre le changement de monnaie, ce plan instaure un blocage des prix. Mais il est un peu tard, et l’hyperinflation se poursuit. Un nouveau plan en 1987, puis le plan « été » en 1990, tout aussi inefficaces, car la multiplication de ces plans ont un effet pervers: les acteurs économiques, dans la crainte d’un nouveau blocage des prix, anticipent les hausses, ce qui fait plus qu’entretenir l’inflation. Ceux qui le peuvent sortent leurs capitaux du pays, et les autres n’ont pas intérêt à conserver cette monnaie et dépensent donc au plus vite. Une nouvelle difficulté vient se greffer sur l’inflation: les impôts, étant calculés sur les revenus de l’année précédente, sont payés avec une monnaie très dévaluée, et cette crise fiscale creuse davantage encore le déficit budgétaire.

Hyperinflation au brésil

En 1990, l’inflation est de 56% en janvier, 73% en février et 84% en mars. Un nouveau plan, le plan Collor, est encore mis en œuvre, avec une nouvelle monnaie, le novo cruzado, réservé au paiement des dettes anciennes, et le cruzeiro, pour les dettes récentes, une pression fiscale accrue et une réduction des liquidités. Ce plan semble fonctionner, puisque l’inflation tombe de 30.000% par an à 400%, mais elle repart quand même, parce que les salaires sont restés indexés, ce qui relance la demande et tire les prix vers le haut.

En 1994, le plan real parvient enfin à ses fins. Un nouveau changement rend au real son rôle de monnaie, avec la valeur symbolique de un dollar, et des mesures efficaces: désindexation des salaires et des prix, qui casse la spirale inflationniste, réduction du déficit budgétaire et ouverture des frontières aux importations pour favoriser la concurrence. Le résultat est immédiat: l’inflation chute à 25% l’an, la croissance repart et les réserves monétaires du Brésil se reconstituent. La consolidation de ce succès est obtenue par des réformes institutionnelles, telles l’autonomie donnée à la banque centrale et les privatisations (131 entreprises publiques vendues en 1990).

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