L’ hyperinflation Autriche : l’héritage de la Première Guerre Mondiale

L’ hyperinflation Autriche, ce n’est pas ça qui vient à l’esprit lorsque l’on entend le nom de ce pays.

Vous allez plutôt penser à Vienne et à ces fameuses valses comme dit la chanson… vous imaginez des palais aux mils ornements, son luxe d’apparat… Vous voyez déjà ses montagnes et ses champs verdoyants, etc.

Mais cette image de carte postale ne reflète pas la réalité dans son ensemble. L’histoire de l’Autriche est en fait bien plus complexe et pleine de zone d’ombre.

Elle est parsemée d’instabilités tant sur le point politique qu’économique qui se traduisent notamment par des frontières actuelles récentes.

L’Autriche a également dû affronter des périodes économiques très difficiles et notamment l’ hyperinflation Autriche.

C’est de cette période économique extrême que nous allons parler aujourd’hui. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut poser le décor, indispensable pour bien comprendre comment ce pays en est arrivé là…

Horizontal view of the flag of Austria against cloudless sky.

Des frontières instables pour un pays ancien

Naissance d’un Empire

Si les frontières actuelles de l’Autriche date de la seconde guerre mondiale, la naissance de l’Autriche remonte quant à elle au début du Moyen-Age… Le pays s’est ainsi construit au fil des siècles alternant conquêtes et pertes de territoire.

L’Empire d’Autriche naît ainsi en 1807 pour prendre fin en 1867. Il est alors remplacé par la double monarchie (impériale et royale) et donne naissance à l’état d’Autriche-Hongrie.

L’empire austro-hongrois se compose ainsi de l’empire d’Autriche et du royaume de Hongrie. C’est sous cette appellation que le pays rentre en guerre en 1914.

La Première Guerre Mondiale

Le 28 juin 1914, l’héritier du trône austro-hongrois est assassiné à Sarajevo. L’Empereur François-Joseph 1°, alors âgé de 83 ans, déclare la guerre à la Serbie.

En moins d’une semaine les principales puissances d’Europe sont embarquées dans le conflit. La Première Guerre Mondiale débute.

L’armée austro-hongroise était alors considérée comme l’une des plus importantes d’Europe. Mais en réalité elle dispose d’un effectif réduit, d’un équipement obsolète et ses troupes sont qui plus est peu motivées.

Son budget est beaucoup moins important que celui de ses voisins européens et les finances de l’Empire ne sont pas suffisantes pour être en mesure de supporter l’effort de guerre.

Autant de facteurs qui expliquent un début catastrophique dans le conflit armé se traduisant par des défaites à répétition.

Tendance qui se confirmera tout au long de la guerre et s’achèvera par la défaite finale et l’explosion du territoire en de multiples nations indépendantes.

Ce bilan politique désastreux s’accompagne d’un bilan économique tout aussi catastrophique annonçant déjà l’ hyperinflation Autriche qui surviendra quelques années plus tard.

La WWI d’un point de vue économique

Pour financer la guerre, en plus de l’aide importante reçue par son allié allemand, l’Autriche-Hongrie n’a d’autre choix que l’emprunt massif. Le pays fait donc tourner la planche à billet à plein régime.

Les emprunts se suivent les uns après les autres et représentent 35 milliards de couronnes or pour l’Autriche et 18,8 milliards en Hongrie.

La Banque centrale du pays va encore avancer des fonds en 1915. 20 milliards à l’Autriche et 7 à la Hongrie.

Avec la défaite, le système financier s’écroule. La dette cumulée est énorme, la crise s’installe.

Trenches of death world war one sandbags in Belgium

L’hyperinflation Autriche, une catastrophe économique incontournable

l’après-guerre : une situation économique qui se détériore encore

La catastrophe économique de l’Autriche ne se termine pas avec la fin de la guerre et la signature du Traité de Versailles, bien au contraire. La situation ne va faire que s’empirer dans les années qui suivent.

Comme on l’a vu, les quatre années de conflits ont complètement anéanti l’économie autrichienne. Après la défaite, le pays croule sous les remboursements.

Le traité de Saint-Germain-en-Laye signe ainsi la dislocation de l’empire austro-hongrois qui est alors remplacé par une demi-douzaine d’Etats. Traité qui affaiblit encore le pays. Jusqu’en 1921, les Alliés conservent le contrôle d’une partie importante du potentiel productif.

De plus, le pays est complètement ravagé. L’agriculture n’est plus en mesure de nourrir la population et encore moins la capitale Vienne.

La ville compte en effet 2 millions d’habitants alors que le pays dans son ensemble (suite à ses nouvelles frontières) ne compte plus que 6 millions d’âmes.

L’ hyperinflation Autriche de 1922

Dans un tel contexte aussi bien politique (l’existence même de l’Autriche est remise en question par beaucoup, manifestations et grèves à répétition) qu’économique, petit à petit les devises étrangères quittent le pays.

Parallèlement le papier-monnaie prend une place toujours plus importante dans l’économie. Les biens de consommation de bases disparaissent au fur et à mesure, à l’inflation suit l’hyperinflation.

Bref un cercle vicieux comparable à celui de la Pologne s’installe.

Si au sortir de la guerre en 1919 une couronne d’or valait encore 5,2 couronnes autrichiennes, ce qui représente déjà une perte de 80,8 % par rapport à sa valeur en 1914, la situation va encore plus se dégrader.

En 1922, c’est-à-dire à peine 3 années plus tard, il en faudra 1 527, ce qui représente donc une dépréciation supplémentaire de 99,66 %.

Autrement dit, par rapport à sa valeur d’avant guerre, la couronne autrichienne a perdu un quinze millième de sa valeur.

Au milieu de l’année 1922, il faut 15 000 couronnes autrichiennes pour une couronne d’or !

Forcément, la machine s’emballe… il n’y a plus de devises, les importations sont donc impossibles. L’activité économique s’arrête.

Par conséquent le chômage explose littéralement entraînant avec lui une chute drastique du niveau de vie qui s’accompagne de la pénurie.

Dans un tel contexte, la pérennité même de l’Autriche est remise en question.

Il faut avant tout réussir à stabiliser la monnaie et pour cela, il faut une banque centrale. Mais cette dernière n’a plus de réserve et aucun pays ne souhaite encore prêter de l’argent à un état à l’agonie.

L’Autriche est donc dans une impasse. Et malgré quelques aides des Alliés, le gouvernement annonce publiquement son incapacité à gérer la crise.

Le pays est au bord de l’explosion et Ignaz Seipel, chancelier d’Autriche lance un appel à l’aide international.

Le plan de sauvetage de la Société des Nations

Très actif au niveau diplomatique, Seipel n’a d’autre choix que de s’adresser directement au premier ministre britannique.

Dans l’impasse aussi bien politique qu’économique, il menace de démissionner laissant le pays sans personne à sa tête et une situation explosive en plein cœur de l’Europe, qu’il faudra de tout manière résoudre.

Fin 1922, la situation se débloque enfin. Le 22 septembre un « Comité du Conseil » est mis en place : Royaume-Unis, France, Italie, Tchécoslovaquie, Autriche y participent. Un projet de sauvetage est rédigé et présenté à la Société des Nations qui l’accepte.

Le 4 octobre, le protocole de Genève est signé afin de mettre en pratique ce plan, subjuguer l’ hyperinflation Autriche et garantir l’indépendance et souveraineté du pays. Les états prêteurs s’engagent ainsi à ne tirer aucun profit ni économique ni financier de la situation.

L’objectif est la reconstruction de l’Autriche. Il s’agit ainsi de rétablir la couronne austro-hongroise et de retrouver l’équilibre budgétaire.

Pour ce faire, une banque d’émission complètement indépendante du gouvernement autrichien est mise en place.

De plus, l’Etat s’engage à diminuer ses dépenses. Ce qui se traduit par le licenciement de fonctionnaires et la réorganisation du système ferroviaire et des monopoles d’état.

En contre-partie, la Société des Nations propose un prêt de 650 millions de couronnes. 130 millions devant être utilisés au remboursement de différents emprunts.

Il est financé par les différents membres du Comité du Conseil à hauteur de 20 % chacun. Suisse, Pays-Bas, Espagne et Belgique finançant les 20 % manquants.

Sortie de crise in-extremis

La stabilisation de la monnaie va être prise en charge par l’Oesterreichische Nationalbank, il s’agit de la nouvelle banque centrale autrichienne.

Elle remplace l’ancienne banque austro-hongroise en liquidation. Elle est fondée le 2 janvier 1923 et représente la première phase de la reconstruction monétaire.

Dès janvier 1923 plusieurs ministères sont supprimés et 25 000 fonctionnaires sont licenciés.

Petit à petit la situation s’améliore, le chômage baisse et la monnaie commence à être progressivement stabilisée.

La confiance revient, investisseurs étrangers et dépôts à la banque sont de retour.

Enfin, en décembre 1923 une nouvelle unité monétaire est créée : le shilling. Cette nouvelle monnaie a un taux de change de 1 shilling pour 10 000 couronnes austro-hongroise.

Le premier billet de banque de 100 shilling voit finalement le jour en 1925. Et finalement la monnaie autrichienne s’impose comme l’une des plus fortes de l’Europe.

C’est notamment elle qui résistera le mieux au crack de 1929 avec une perte de sa valeur qui se limitera à 28 %.

CONCLUSION

Si au sortir de la Première Guerre Mondiale peu de monde avait parié sur le jeune état, l’ hyperinflation Autriche a finalement pu être surmontée, l’économie assainie et l’état pérennisé.

Le pays n’est pas pour autant libre de toute menace, au contraire. Il devra faire face à de nombreuses crises, à la fois politiques et économiques et s’annexera finalement à l’Allemagne nazie avant la Seconde Guerre Mondiale.

Cette réconciliation approuvée par la population est notamment vue comme un moyen d’améliorer la situation économique… La suite lui donnera tord.

Beaucoup de pays vont d’ailleurs rencontrer une hyperinflation après le second conflit mondial : nous vous avons concocter un récapitulatif sur le sujet.

Aujourd’hui, l’Autriche fait partie intégrante de l’Union Européenne. L’euro a d’ailleurs remplacé le shilling en 2002.

Toutes les informations présentes sur www.47carat.com sont fournies à titre indicatif.

www.47carat.com ne serait être tenu pour responsable en cas de mauvaise utilisation des informations issues de www.47carat.com.