L’ hyperinflation Poland : deux périodes critiques

La Pologne est un pays de l’Europe Centrale qui a fait son entrée dans l’Union Européenne en 2004.

Si aujourd’hui son économie est donc étroitement liée à la superstructure qu’est l’Union Européenne (et par conséquent à sa politique économique et à sa banque centrale), ça n’a pas toujours été le cas.

Comme de nombreux pays durant le XX Siècle (lire : La grande série des hyperinflations) avant de profiter en quelque sorte de la régulation de l’UE, le pays a connu de nombreuses phases d’instabilités économiques.

En ce sens, deux périodes nous intéressent particulièrement : l’ hyperinflation Poland de 1919 et celle de 1989/90.

Comme vous pourrez le lire, ces deux périodes d’ hyperinflation Poland sont à mettre en étroite relation avec des événements historiques majeurs.

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L’ hyperinflation Poland de 1919

Le sortir de la Première Guerre Mondiale

Le Traité de Versailles de 1918 signe la fin de la Première Guerre Mondiale. Il signifie aussi la naissance de la Seconde République de Pologne.

C’est une naissance difficile car le pays est complètement dévasté après la guerre. Naissance difficile encore car si la plupart des pays d’Europe pensent avant tout à se reconstruire et focalisent ainsi tous leurs efforts en ce sens, la situation polonaise est bien distincte : le pays doit se construire.

En effet avant la guerre, la Pologne en tant que telle n’existe pas ! Son entité nationale est effectivement niée durant tout le XIX Siècle.

Le territoire est ainsi partagé entre Russie, Autriche (qui deviendra Autriche-Hongrie) et Prusse (qui deviendra l’Allemagne).

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, le pays doit par conséquent défendre ses frontières notamment contre l’ Ukraine et aussi son géant voisin, la Russie.

La guerre soviéto-polonaise qui s’étend de 1919 à 1921 va donc encore plus affaiblir la situation économique de la jeune république. En effet, au lieu de dépenser son argent à construire, la Pologne doit encore se battre !

Une situation catastrophique à l’origine de l’ Hyperinflation Poland

En 1918, le territoire polonais est ravagé : 4,4 millions d’hectares sont détruits. Pratiquement 90 % du territoire a été endommagé par le conflit armé dont 25 % par la guerre de position, à savoir les tranchées… 30 à 40 % des édifices, 40 % des ponts, plus de 50 % des trains et 60 % des gares sont détruits ! Le système de communication est donc catastrophique.

L’industrie est également mal en point (destruction). De plus, les pièces de rechange manquent drastiquement ce qui entraîne une chute de la production.

Ajoutons encore qu’au sortir de la guerre, 7 monnaies coexistent sur le territoire national.

Circule ainsi : mark polonais, mark allemand d’occupation, rouble tsariste, couronne autrichienne, rouble russe, monnaie mise en place par le gouvernement provisoire, etc.

Enfin, la collecte de l’impôt est un véritable chaos. Bien qu’un système de collecte national unique soit finalement mis en place, de gros problèmes existent entre les trois anciennes zones historiques qui forment désormais le territoire polonais.

Les fonctionnaires habilités pour récolter impôts et taxes font également défaut. Dans de telles conditions, nombre de contribuables se soustraient à l’impôt.

Le gouvernement manque donc cruellement de revenus et de trésorerie d’autant plus que l’ancien occupant allemand a emporté lors de son retrait les réserves en or de la Banque Centrale.

L’inflation puis l’ hyperinflantion Poland s’installe

Dans un tel contexte, l’économie locale ne peut pas tenir bien longtemps. La période de 1918 à 1923 suffit à faire entrer la pays dans un marasme économique qui culmine donc par l’hyperinflation Poland. Une monnaie unique est créée, le mark polonais indexé sur le mark allemand.

Au début l’Etat a réussi à emprunter à l’étranger. Mais finalement les bailleurs internationaux perdent confiance et ne souhaitent plus prêter à un pays dans une telle situation.

Ainsi, le premier budget du jeune état polonais table sur des dépenses de 12 milliards pour des recettes de 1,6 milliards. La reconstruction, l’armée et la guerre consomment ainsi la totalité des ressources et endettent encore plus le pays.

De plus l’Etat cumule une dette de 160 millions de dollars US envers les Etats-Unis.

Ainsi de 1918 à 1920, soit en deux années, le montant de la dette de la Pologne est multiplié par 500.

Ensuite, de fin 1920 à fin 1922, le montant de cette dette est multiplié par 11. Et finalement de fin 1922 à fin 1924, le montant est multiplié par 432.

La dette passe ainsi de 119 921 mark polonais en 1918 à 291 700 00 000 en 1924 !

Bien évidemment, l’Etat ne peut pas recouvrir ses dettes. Il ne peut même pas payer les intérêts en réalité.

La planche à billet comme unique recours

Prise à la gorge, la seule solution pour la Pologne reste l’utilisation de la planche à billet pour essayer de couvrir le déficit chronique. En 1919, plus d’un milliard de mark polonais sont en circulation. Seulement deux ans plus tard, on en compte 5 milliards. En 1923, 125 billions !

Le rapport face au dollar américain dégringole respectivement. Si en 1918, il faut 8 mark polonais pour acquérir 1 $US, en 1919 il en faudra 110 puis en 1920, 600.

La machine s’emballe, rien ne semble plus être en mesure de la stopper. En juin de 1921 le rapport est de 1 / 2075. Puis l’ hyperinflation Poland s’intensifie encore.

En 1922, 1 dollar pour 18 000 marks polonais. Fin 1923, il faut 6 millions de marks pour un dollar et en 1924, 9 millions… Le mark polonais perd donc toute crédibilité.

Par conséquent, face à une telle dégringolade, plus personne ne veut plus de cette monnaie qui ne vaut rien.

Ce rejet augmente encore la quantité de monnaie en circulation et fait donc baisser toujours sa valeur.

Les investisseurs se replient sur les valeurs refuges telles que or, dollars ou encore franc suisse. Un cercle vicieux s’installe irrémédiablement.

Sortir de la crise

La Pologne réussit à sortir de cette crise sans précédent grâce à un homme : Wladyslaw Grabski. Economiste, il devient Premier Ministre de la Pologne en décembre 1923. Il obtient les pleins pouvoirs pendant 6 mois sur les questions économiques.

Son nouveau gouvernement va donc mettre en place diverses mesures d’austérité. Ces mesures vont permettre au pays de sortir de la zone rouge.

Il change de monnaie en 1924 avec la création du « zlotys », nom signifiant « de l’or ». Au moment de sa création, il faut 1 800 000 marks polonais pour 1 zlotys. Cette nouvelle monnaie est couverte en or ce qui permet de la stabiliser.

Il faut retrouver un équilibre budgétaire. Petit à petit, il devient réalité grâce notamment à une fiscalité qui a finalement réussi à gagner en efficacité. Droits de douane et autres taxes voient leurs prix fixés en or afin d’éviter de trop grandes variations dans les recettes.

Diverses autres mesures sont mises en place telles que licenciement de fonctionnaires, vente d’entreprises d’Etat, augmentation de l’impôt, diminution des dépenses pour l’armée ou l’aménagement du chemin de fer.

Finalement, grâce à l’ensemble de ces nombreuses mesures la nouvelle monnaie se stabilise, la confiance revient et le nouveau Ministre de la finance Grabski réussi à obtenir un prêt auprès de l’Italie. Les prix se stabilisent, le chômage finit par baisser, et les anciens prêts avec les Etats-Unis et le Royaume-Unis sont renégociés : baisse des taux et étalement des échéances sont obtenus.

1924 se termine dans une atmosphère de reprise : l’hyperinflation Poland n’est plus qu’un mauvais souvenir même si le traumatisme reste bien présent dans les esprits.

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L’hyperinflation Poland 1989 / 1990

L’héritage de la WWII

Bien des événements se sont passés depuis 1924 et l’économie polonaise a plus d’une fois été dans le rouge et pire encore : le pays a littéralement disparu durant la Seconde Guerre Mondiale.

C’est en effet l’annexion de la Pologne au III ° Reich qui déclenche en quelque sorte le deuxième conflit mondial.

Au sortir de la WWII, la Pologne est normalement du coté des « gagnants » mais dans les faits le résultat est plutôt discutable : le pays a perdu plus de 75 000 km² par rapport à 1939 mais également son indépendance politique.

Comme en Ukraine, L’URSS impose en effet son influence. Le pays est transformé en « république populaire » ou pour mieux dire en dictature communiste à parti unique. Et bien évidemment ce nouveau statut influe directement sur son économie…

L’influence soviétique

Le régime communiste va être maintenu au pouvoir pendant 45 ans. Forcément ça laisse des traces, à tous les niveaux.

Ça laisse surtout un pays au bord de la faillite, complètement inadapté à la réalité des années 90, utilisant une technologie complètement obsolète.

La Pologne ne souffre officiellement pas de chômage à cette époque… En réalité tout le système camoufle une situation catastrophique d’un point de vue économique.

La planification et distribution des richesses en pratique ne fonctionne pas comme dans la théorie.

Les salaires sont extrêmement bas, certains paysans vivent dans la misère. Le peuple doit faire face à la pénurie des biens de consommation les plus basiques. Et à nouveau la Pologne connaît une hyperinflation.

L’hyperinflation et le plan Balcerowicz

En 1989, l’inflation atteint de nouveaux sommets : 639 % et ça continue de monter. Balcerowicz, ministre des Finances et économiste réputé récemment élu va mettre en place le plan qui porte son nom. Il s’agit d’un véritablement « traitement de choc » car le défi à relever est considérable.

Il faut passer d’une économie communiste à une économie capitaliste. Autrement dit, passer d’une économie fondée sur la planification et la centralisation de l’Etat à une économie basée sur le libre-échange et la loi du marché (l’offre et la demande).

Cette transition se veut rapide et sans compromis. Voici en résumé les 11 principales mesures du plan Balcerowicz :

  • la possibilité pour les entreprises d’Etat de se déclarer en faillite
  • l’interdiction pour la Banque Centrale de financer le déficit du budget et d’utiliser la planche à billet comme solution
  • abolition des avantages sur les taux de crédits pour les entreprises publiques
  • taxation commune pour l’ensemble des sociétés avec perte des « avantages spéciaux »
  • régulation des investissements étrangers sur le territoire national
  • abolition du monopole d’Etat dans le commerce international, convertibilité du zloty à l’intérieur du territoire
  • création d’une taxe douanière uniforme
  • réglementation des agences pour l’emploi
  • assouplissement de la législation relative au licenciement des ouvriers

Ce plan réformateur sera accepté par le FMI qui va par conséquent aider financièrement la Pologne à sortir de ce nouvel épisode d’hyperinflation.

Prêts à un taux intéressant, fonds de stabilisation, étalement des échéances sont autant de mesures qui permettent au pays de diminuer la dette du pays qui a atteint jusqu’à 64 % du PIB.

Un « nouveau zloty » qui rentrera en vigueur en 1995 va également être créé. Il équivaut à 10 000 anciens zlotys et s’échange contre environ 0,60 Deutsch Mark.

Les conséquences du plan Balcerowicz

Les conséquences de ce traitement de choc comme il fût surnommé sont à la fois négatives et positives.

De manière générale, les experts s’accordent aujourd’hui pour dire que cette thérapie a fait perdre des gains à court terme en échange d’une croissance sur le long terme.

Avec du recul, le bilan est donc perçu comme bénéfique car sans cette intervention musclée le pays serait sans aucun doute beaucoup plus pauvre aujourd’hui.

Le plan a notamment permis de diminuer la dette publique à un taux inférieur à 3 %, seuil limite de l’Union Européenne. A l’époque 20 % des Polonais se sont retrouvés au chômage.

CONCLUSION

La Pologne fait partie des rares pays au monde qui a dû faire face à deux épisodes d’hyperinflation au XX ° Siècle. S’il a été difficile de surmonter ces épreuves, la Pologne présente aujourd’hui une certaine crédibilité économique.

Il s’agit en effet de la 8 ° puissance économique de l’Union Européenne et du 25 ° pays au monde du point de vue de son PIB.

Enfin, le pays a signé sans aucune dérogation l’ensemble des traités qui régissent l’UE lors de son adhésion qui remonte à 2004.

Pourtant le pays n’a pas encore adopté la monnaie unique. Aucune date n’ayant été fixée, le passage à l’Euro semble donc plutôt théorique d’autant plus que l’actuelle Première Ministre polonaise ne souhaite pas abandonner le zloty national. Elle a donc repoussé le changement de monnaie à une échéance qui reste encore aujourd’hui indéfinie.

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